Michel Rouch – Sehnsuchtswalzer Anhang 14 n° 1 de « Beethoven »

Versions chantées

L’auteur véritable, Franz Schubert, a vingt ans quand il la compose, en la M, en 1816 ; en mars 1818, il la transpose deux fois en la bémol M, pour l’usage de ses amis Anselm Hüttenbrenner et Ignaz Aßmayr. La propriété des œuvres n’est pas alors ce qu’elle est aujourd’hui. À l’orée de 1820, Böhme à Hamburg et Fischer à Frankfurt publient chacun la valse, à l’insu du compositeur. Toute anonyme qu’elle soit, elle est vite célèbre et on l’appelle déjà Trauerwalzer (Valse de la Tristesse) : « Quel âne a pu un jour composer une valse de la tristesse ? » demandera Schubert lui-même, surpris de ce titre ! Après des Variations sur son thème composées par Johann Pensel dans sa Trauer-Walzer [Opus 11] publiée en décembre 1820 (Wien, Cappi & Diabelli [660]) et les quatre Variations de Carl

Czerny dans sa Wiener-Walzer [Opus 12] parue dans la Wiener Zeitung du 15 octobre 1821 (Wien, S. A. Steiner und Comp. [3377]), Franz Schubert se décide enfin à voir paraître son œuvre dans ses Original-Tänze für das Piano-Forte (Premières Valses) [Opus 9], où elle se situe en n° 2, affublée par ses éditeurs du surnom curieux de Trauer Walzer : Wiener Zeitung du 29 novembre 1821 (Wien, Cappi & Diabelli [873])… Elle porte maintenant la cote [Deutsch 365 n° 2] :

Très connue, elle devient rapidement la préférée des pianistes. Sous le titre de Favoritwalzer. (Valse favorite), elle connaît de nombreuses rééditions isolées, chez Lischke et Trautwein à Berlin, chez Hoffmann et Dunst à Frankfurt, chez Hofmeister à Leipzig, – la plus intéressante étant celle parue sous le nom de Friedrich Heinrich Himmel et dédiée à la reine Louise de Prusse.

Himmel étant mort en 1814, cela semble évidemment louche et la revue Cæcilia ne trouve rien de mieux pour concilier tout le monde que d’en offrir la paternité, à partir de la mesure 17, à Johann Nepomuk Hummel.

Assortie d’un Trio provenant d’une autre Valse de Schubert [D 972 n° 2], l’œuvre devient tellement populaire dans les salons de Vienne et d’ailleurs que, sur le moment, on en oublie l’auteur, et qu’on la récupère à l’envi. ! – À Hamburg, Christiani la coiffe d’un double titre : Neuesten Sehnsuchts- oder Ehrenwalzer (Nouvelle Valse de Désir – de Nostalgie – ou d’Honneur).

Il Sehnsuchtswalzer Anhang 14 n° 1 fa parte del progetto La ricerca diventa Arte

Una nuova vita per le opere sconosciute di Ludwig van Beethoven: Un’ esplorazione artistica a cura del pianista maestro Francesco Gussago

1823 : dans la revue Musikaliskt Tidsfördrif de Stockholm, n° 24/25, page 100, apparaît cette valse, pour la première fois attribuée à Ludwig van Beethoven : „German Wals af Beethoven“ !

Beethoven avait été promu Membre extérieur de la royale Académie musicale de Suède, le 28 décembre 1822. Peut-être la Musikalikt Tidsfördrif veut-elle l’honorer à son tour par la valse allemande qui fait alors virevolter la haute société autrichienne…

Les Suédois auraient pu trouver mieux : ils se rattraperont au n° 28/29/30 de début 1824 en publiant le Rondeau en ut majeur [Opus 51 n° 1].

Sous cet illustre patronyme et durant près de deux siècles, la Sehnsuchtswalzer (Valse du Désir) sera adaptée et variée pour maints instruments : piano à 2 mains (Joseph Schnabel, 1827, Charles Mayer, 1832, Alexandre Esain, 1832, Friedrich Kalkbrenner, 1833, Franz Hünten, 1833, Robert Schumann, 1834, Leonardus Devereaux, c. 1835, Karl Koch, 1838, Henri Herz, 1840, Henri Rosellen, 1846, A. Silas Bancroft, 1847, J. Schad, 1854, Louis Mey, 1855, Dietrich [Diederich] Krug, 1856 & 1880, Charles Grobe, 1857, William Dressler, 1858, James Bellak, 1862, Alexandre Croisez, 1863, William Smallwood, 1876, William Heller Nicholls, 1923, Eric Kuhlstrom, 1925, Henry E. Geehl, 1937, Henri Büsser, 1951) ; piano à 4 mains (H. Karr, c. 1830, William Hutchins Callcott, 1833, Franz Xaver Chwatal, c. 1840) ; 2 guitares (Franz Xaver Gœbel, c. 1827, Alexandre Heeser, c. 1830) ; musique militaire (Frédéric Berr, c. 1827, Georges Tilliard, 1881) ; clarinette, flûte et guitare (Heinrich Neumann, 1829) ; harpe (Nicolas-Charles Bochsa, c. 1830) ; flûte et piano (Benoît Tranquille Berbiguier, 1831, Frederick Hill, 1832, Theobald Böhm, 1838) ; piano et orchestre (Louis Schunke, 1834) ; flûte seule (1834) ; violon seul (Alexandre Ropicquet, 1834, Adolphe Herman, 1869) ; 2 violons (Jules Gard & Heinrich Panofka, 1835) ; guitare seule (Joseph Vimeux, 1835, Fr. Dittrich [Dietrich], 1851) ; piano et violoncelle (Friedrich August Kummer, 1835) ; clarinette et rchestre (Ferdinand David, 1837) ; harmonie avec 3 flûtes (Heinrich Neumann, 1838) ; harmonie (c. 1840, Henri Laurent, 1880, Signard, 1881) ; wald-horn et piano (Franz Strauss, 1845); violon et quatuor à cordes (Franz Xaver Pecháček, 1850, Hubert Léonard, 1854) ; violon et piano ou orchestre (Delphin Alard, 1853) ; cithare (K. Schäffer, 1859, Julius Blechinger, 1875) ; orgue de salon (Jules César Léopold de Calonne, 1860) ; piano et cornet à pistons (Henri Laurent, 1862) ; Nouveau Trombone Sax à Six Pistons et à Tubes indépendants avec accompagnement de Piano (Jules Demersseman, 1865) ; flûte [ou violon ou english concertina] et pianoforte (H. T. Swatton, >1866) ; violon et piano (Jules Danbé, 1897) ; cornet seul (Émile Tavan, 1915) ; orchestre (Paul Saganski, 1982) ; divers instruments à la demande [piano, harpe, orgue, clavecin, flûtes, hautbois, vibraphone ou marimba, alto, violon, clarinette, saxophones, trompette, cor, cor anglais, trio à cordes…] (Bernard Dewagtere, 2017) !

Mais – et c’est moins connu – de nombreux poètes ont aussi apposé leurs vers sur cette célébrissime valse. Nostalgie, désir, – le thème est porteur…

1826 : la Sehnsuchtswalzer revient, toujours sous le nom de Beethoven, en Favorit-Walzer, chez les fils Schott à Mayence [2471], arrangée pour voix et guitare ou piano par Heinrich Schütz, ténor à la cour de Karlsruhe ; le lied n’a ni auteur ni titre, mais Schütz, l’arrangeur, affirme que l’auteur des paroles est le propre neveu du Maître, Karl van Beethoven [1806- 1858], anecdote pour le moins surprenante mais possible ! (Ô doux désir céleste)

O süsse Himmelslust
Bebt duch die trunkne Brust, Bin ich bei Dir bei Dir
Lächelst Du mir !
Aber was gleicht dem Schmerz, Der mir durchzuckt mein Herz, Bist du, o schöner Stern,
Bist du mir fern !

Liebe ! wie quälest du,
Lässt mir nicht Rast, noch Ruh ; Doch wie viel grössre Pein
Muss es nicht seyn : Sich nicht geliebt zu sehn, Und doch vor Lieb’ vergehn ! O wie viel grössre Pein
Muss das nicht seyn !

Achdeiner Augenstrahl Lindert der Sehnsucht Qual, Holde ! dein Zauberblick
Spendet mir Glück ! Doch, wie in dunkle Nacht Schwindet des Tages Pracht, So schwindet alles Licht,
Seh ich Dich nicht !

Kosender Weste Kuss Gleichet dem Liebesgruss, Thut ihn dein Purpurmund
Lispelnd mir kund ! Ach jedes herbe Leid Schwindet in Seeligkeit, Schliessest du Liebewarm
Mich in den Arm !

Ewig nur dir allein
Will ich mein Leben weihn, Ewig, in Lust und Schmerz
Schlägt dir dies Herz ! Trennt uns auch einst der Tod Wiedersehns Morgenroth Strahlt dort im reinsten Licht,
Weine drum nicht !

Anton  Schindler  s’empressera  de  démentir,  sans  preuve,  dans  une  lettre  aux  éditeurs Schott du 29 septembre 1827, aussitôt insérée dans la revue Cæcilia…

–   1827 : Karl Eduard Hoffmann [1797-1861] propose son interprétation personnelle avec sa Walzer sehnsuchts v. L. v. Beethoven, als Beantwortung [desselben]. Par chance, à Leipzig, une autre copie de l’œuvre, dans un recueil de 117 pièces diverses, comporte, après le Trio, deux couplets qui peuvent se rattacher à la Valse : Was lindert der Sehnsucht so bange Gefühle ? (Qu’est-ce qui soulage un désir si anxieux ?)…

Wer lindert der Sehnſucht ſo bange Gefühle? Was fühlet d[as] Herz in der wogenden Bruſt? Wen  ſtill bei des Lebens oft täuſchendem Spiele, Die Seele beweinet manch harten   Verluſt. Es iſt nicht zu schauen auf blühenden Auen, Weilt fern vom Gewühle der irdiſchen Luſt.  Dort wohnet d[ie] Ruhe, blüht ſeliger Frieden, Dort ſchlum ert d[ie] Liebe im Liebenden  Arm! O Him el! Wie lang ſoll ich wallen hienieden[,] Wie lang ſoll ich dulden den nagenden Harm? Aus zahlloſer Sterne unendlicher Ferne Hinauf zieh den Müden, o liebender Arm!

–   c. 1827 : On la trouve également pour 4 voix d’hommes, à Hanovre et ailleurs, sur le lied : Mädchen, du liebest mich (Tu m’aimais, jeune fille), avec Pianoforte ou Guitare (München u. Bern, Jos. Aibl) :

Mädchen, du liebest mich, Ich athme nur für dich Mädchen mein einzig Glück. Kehre zurück ! Ach welche Seelenpein Von dir getrennt zu seyn, Mädchen mein Lebenslicht, Fühlst du sie nicht. Dunkeler Locken kranz, Augen voll Liebesglanz Lippen so roth und weich. Wann seh’ ich euch ? Mädchen o höre mich Sehnsuchtsvoll ruf’ ich dich Mädchen mein einzig Glück, Kehre zurück.

–  How sweet were the moments sur un poème de William Ball [1784-1869] (London, Birchall & C° [2250]).

How sweet were the moments, when, rous’d with the Day, I hail’d the young Lark on its heavenward way! When morning around all her brightness would fling, O’er the garlands that deck’d the green altars of Spring! And Oh! the calm beauty of Eve’s gentle reign, When dear ones beside me would share the soft strain, When the Heart’s native music was mingled and free, And Home was an Eden to them and to me!

–   The Maid of Elsmere de Louis von Beethoven [sic] sur un autre poème de William Ball (New York, E. Riley [3]) !

The wild mountain blossoms the balm of the gale, The music that plays in the stream of the vale, How sweet to the bossom unwounded and free! But where is the charm that endear’d them to me? The grot and the fountain, the sycamore grove, The home and the Eden of Friendship and Love, How alter’d, how lonely! No longer they hear The soul thrilling strains of the Maid of Elsmere.

–     c. 1828 : « Fjernt fra mit Öie » (« Loin de mon île »), Arie indretted med ledsagelse af pianoforte eller guitarre til musiken til den yndde Længsels Vals / af L.v. Beethoven (Kiöbenhavn, C.C. Lose) :

Fjernt fra mit Öie, Du Elskede !
vandrer nu
O, end dog snart mit Savn.
Iil i min Favn !
Kummeren nager mig
Naar jeg er fjernt fra Dig !
Ak, föler Du den ei ?
Hulde ! som jeg.

Himmelens stille Lyst
Höit svulmer i mit Bryst
Naar i Dit Smiil jeg seer
Du har mig kjer !
Men hvad er liig min
Qval Naar fjernt jeg leve skal
Fra Dig, o hulde Möe !
Det er at döe

Du stial min Sjelefred
Grusomme Kjerlighed
Frygt for min Elsktes Held
Nager min Sjel !
Men Frygt, at ei man er
Den man til beder kjer,
Den, der mig ængster, maae
Langt overgaae !

Fra dine lyse Blik
Fordum mit Held udgik
Engel ! Din Stemmes Lyd
Fremtrylled Fryd !
Men som i sorten Nat Dagglandsen hendöer brat,
Vorder det mörkt om mig
Seer jeg ei Dig !

Huldt som Cherubers Sang
Lyder Din Stemmes Klang,
Naar Du tilhvisker mig :
Jeg elsker Dig !
O, hver en Qval jeg leed,
Druknes i Salighed,
Trykker Du elskovsvarm
Mig til Din Barm !

Glad jeg vil for Din Fod
Offre mit Liv og Blod ;
Trofast til Gravens Bred
Fölge Dit Fjed !
Og bag dens stille Lye
Saligheds Morgengrye
Leder os Livets Vei –
Græd derfor ei !

Nat sorte Lokkekrands
Öie med Stjernens Glands,
Læbe som saftfuld Bær,
Naar seer jeg Jer ?
Pige, mit Hel dog Haab !
Lyt til mit Længselsraab !
Stil snart mit bittre Savn !
Iil i min Favn !

–   c. 1830 : l’album Sammlung | vierstimmiger Männer-Gesaenge de Cologne contient 28 chants pour 4 voix d’hommes. Le 6e, Sehnsuchts-Walzer [von] L. v. Beethoven porte un poème où seules restent les voix du second ténor et de la première basse ; l’auteur pourrait être le maître papetier Johann Friedrich Nitsche auquel appartenait le recueil : Laßt mir die Freude, laßt mir die Lust… (Laisse-moi la joie, laisse-moi le plaisir) :

Laßt mir die Freude, laßt mir die Luſt,
Laßt mir das Sehnen, tief in der Bruſt.
Willst du die Freude, nimm auch den Schmerz,
Beide ach weihen ja ewig das Herz.

Wechſelt das Leben ſo oft die Geſtalt,
Das Herz nur kann geben dir ſichern Halt.
Vergebens hienieden ringſt du nach Ruh’,
Dort winket Freude, Seeligkeit zu.

–   c. 1835 : Edwin John Nielson, Membre de l’Académie royale anglaise de Musique, arrange la Beethoven’s Waltz et lui adapte un poème de David Lester Richardson [1801-1865], The fair Smile of Morning (Le beau Sourire du Matin) (London, W. Hawes [645]) :

The fair smile of morning,
The glory of noon,
The bright stars adorning,
The path of the moon,
The mist cover’d mountain,
The valley and plain,
The lake and the fountain,
The river and main,
Their magic combining,
Illume and controul.

The care and repining, That darken the soul.

–   1837 : dans « The Musical Bijou, an Album of Music and Poetry, for MDCCCXXXVIII » une Beethoven’s Invocation, lied pour voix et pianoforte sans nom d’auteur. Peut-être est-ce F. H. Burney, l’éditeur-même de la revue (London, D’Almaine and Co) : (Je t’invoque, Esprit du Chant ! | Par tes dons d’amour et d’espoir | Viens apaiser mon cœur troublé)

Come with thy strains of Love and Hope,
And soothe my troubled heart to rest,
– Spirit of Song, I thee invoke!
Sweet solace of the careworn breast!
Steal o’er my soul, till ev’ry grief
That saddens and unnerves me now,
Charm’d by thy presence, flies like night,
Before the morn’s returning glow.

Lo! as I speak, I own thy pow’r,
Though doom’d to hear thy voice no more;
Joy to my heart now wings its way,
And Thought and Feeling heav’nward soar;
Soothing with song my wayward fate,
If, fellowman, I turn from thee,
Deem me not cold, unfeeling, stern,
Sweet converse is denied to me!

–   c. 1840 : sur la Sehnsuchtswalzer von Franz Schubert le poète Ernst Anschütz [1780-1861] accole son poème Qual der Ungewißheit : Es bläkt das Auge so gerne (Tourment d’Incertitude : Qu’il est heureux l’œil qui contemple) :

Es bläkt das Auge ſo gerne
Auf Blumen und Sterne,
Und freut ſich der Farben und freut ſich des Lichts ;
Doch noch im Anſchaun entzücket,
Ein Nebel entrücket
Die Farben ſie blaßen, zerfließen in nichts.
Aber die Hoffnung lebt,
Daß ſich bald neu erhebt,
Woran das Auge hing
Und es mit Luſt umfing.
Aber die Hoffnung trügt
Nimmer, was komt[,] genügt,
Blüthen der Phantaſie
Reiften dann ein.

Im Land der Träume hienieden
Verliert oft den Frieden
Das Herz unter mancherlei Sorgen und Pein
Doch mehr[,] wenn es erfaßen
Und nim er verlaßen
Zwei Strudel und ziehn’s in die Tiefe hinein.

Hoffnung und Furcht im Streit Martern mit Angſt und Leid.
Hoffnung das Herz entzückt, Furcht es mit Schmerz zerdrückt.
Hoffnung und Zweifeln zeugt
Kampf der Verzweiflung leicht,
Wenn Ungewißheitspein
Quälend bricht ein.

Wie im erhin ſich geſtalten
Des Schickſals Gewalten,
Die über dich kom en mit grim iger Macht ;

Du wirſt es muth’ger ertragen,
Nicht troſtlos verzagen,
Iſt klar dir das Trübe vor Augen gebracht.
Was auch des Himmels Rath
Dir je beſchieden hat,
Wünſche[,] daß bald und leicht
Die Ungewißheit weicht.
In tief verborgnem Schloß
Ruhet der Zukunft Loos,
Gegenwart noch ſo ſchwer,
Quält nicht ſo ſehr.

–    1845 : Oh! Leave-me to my sorrow (Ah ! Laisse-moi à mon chagrin) Adapted to Beethoven’s “Le Desire” sur un poème de Thomas Moore [1779-1852] (Baltimore, F. D. Benteen) :

Oh! leave me to my sorrow,
For my heart is oppress’d to day,
Oh! leave me and to morrow Dark shadows may pass away;
There’s a time when all that grieves us,
Is felt with a deeper gloom,
There’s a time when hope deceives us
And we dream of bright days to come:

–   Un autre poème de Thomas Moore reposera également sur cette valse, Cupid and Psyche, (Cupidon et Psyché) et reparaîtra en 1874 (London, C. Lonsdale [3561]) :

They told her that he, to whose sweet voices she listen’d,
Thro’ night’s fleeting hours, was a Spirit unblest;
Unholy the eyes that beside her has glisten’d,
And evil the lips she in darkness has prest.
“When next in thy chamber the bride groom reclineth
Bring near him thy lamp, when in slumber he lies;
And there as the light o’er his dark features shineth,
Thou’lt see what a demon hath won all thy sighs!”

–    1847 : dans Une Fièvre brûlante, comédie-vaudeville d’Anne-Honoré-Joseph Duveyrier dit Mélesville [1787-1865] créée le 2 mars, après une Chasse de Rossini et une Polka de Strauss, apparaît la Walse de Beëthowen (!) accompagnée au violoncelle, « Divine harmonie ! » :

Acte III, scène VII – (Intérieur d’une loge à salon du théâtre de l’Opéra-Comique.)

[ATALANTE, ARMANTINE, RENARDOFF.]

………………………………

RENARDOFF.

Ah ! il me tarde !…

ARMANTINE, lui fait signe de se taire.  Mais venez donc écouter ce passage de violoncelle… qui est délicieux !…

TOUS TROIS, à mi-voix, écoutant.

AIR : Walse de Beëthowen.

Divine harmonie ! Douce mélodie !…

(Ils rentrent dans la loge.) Ces accords touchants Pénètrent nos sens !…

SCÈNE VIII.

LES MÊMES, RICHARD. (Avec une perruque ébouriffée, de gros favoris, une cravate à grands nœuds, un tablier blanc, une veste et tout l’attirail d’un garçon de café d’intérieur de spectacle. Il tient à la main un plateau avec trois glaces, des verres et une carafe d’eau glacée.)

RICHARD, entrant doucement, se tenant près de la porte et à part.

Destin secourable !…
Hasard favorable,
Nul ne peut, je croi,
Penser que c’est moi !…
(Montrant sa perruque ébouriffée.)
Car j’ai sur ma nuque
Planté la perruque
Que monsieur Grignon
A dans Cendrillon !…

ENSEMBLE. RICHARD.
Divine harmonie, Par ta mélodie
Rends un pauvre amant Plus entreprenant.

TOUS.

Divine harmonie, Douce mélodie,
Ces accords touchants Pénètrent nos sens !…

(Applaudissements prolongés dans la salle, comme à la fin d’un morceau.)

–   1851 : sur Le Desir paraît A Sigh (Un Soupir), chant sur un poème de Charles Swain [1801- 1874] (London, Ewer & C°) :

Nothing that lives can bloom Long upon earth…
Meteors that realms illume Die in their birth!
All that the soul admires, All that the heart desires,
From heart and soul expires, Leaving but dearth.

–   1856 : Delizia, romanza [Bruers Postilla [1]] (London, Leader & Cock [2378]) :

Mia gondola fende
L’argentea laguna,
E in calma discende
Di notte nel sen.
In dolce mestizia,
Velata e solinga,
Oh cara Delizia,
Ti cerca il tuo ben !

Voici une œuvre longtemps soumise à caution. Publiée sous le nom de Beethoven, elle va reparaître vers 1865 en Italie (Milano, G. Ricordi e C. [37607]) ; en 1875, l’éditeur milanais la propose également dans une version en anglais de H. Stevens (Milano, Ricordi [44323]) :

My gondola gliding
O’er silvery waters
In silence is biding
The advent of night,
What time thou appearest,
Most fair of Earth’s daughters,
Delizia,
O dearest,
To gladden my sight!

En 1886, elle sortira dans un arrangement d’Albert Boubée [1850-1909] pour voix avec accompagnements ad libitum de violoncelle (ou de violon) et d’harmonium (London, C. Jefferys [J. 3236]) :

C’est donc tout naturellement à Milan que, le 29 mai 1912, Mattia Battistini, « le roi des barytons », accompagné au piano par Carlo Sabajno, enregistre Delizia pour la collection “Monarch” ; du coup, elle entre comme Lied de Beethoven dans The Gramophone Shop Encyclopedia of recorded Music de Robert Donaldson Darrell [1903-1988] en 1936 et est signalée jusque dans le catalogue thématique Beethoven d’Antonio Bruers publié à Rome en 1951, quoique déjà Bruers y reconnaisse Schubert et rapproche Delizia de Ungeduld [D 795 n° 7] ; personne ne s’était encor rendu compte que ce lied épousait la Sehnsuchtwalzer [Anhang 14 n° 1] de Beethoven, c’est à dire la Trauerwalzer [Opus 9 n° 2 ou D 365 n° 2] de Schubert ; c’est aujourd’hui chose faite. La Delizia de Battistini, rééditée en 1997, n’est plus qu’un arrangement d’une danse de Schubert…

BEETHOVEN Mattia Battistini, 1912 [GRAMOPHONE 052367, puis DB 214]

SCHUBERT    Mattia Battistini (1997) [LEBENDIGE VERGANGENHEIT 89304]

–    1863 : Marguerite (Chanson florale), Fragments poétiques de Mme Marceline Desbordes- Valmore [1786-1859] et de L. van Beethoven, dédiée à Mademoiselle Marguerite de la Roncière Le Nourry. Transcription vocale de Mlle Am. B. (Paris, Marcel Colombier [B. 1]) :

Je suis fleur des champs
Mon parfum m’énivre ; [sic]
J’ai trois jours à vivre
D’arôme et de chants :
J’ai, comme la reine,
Ma couronne au front ;
Si le vent l’entraine, [sic]
Mon deuil en est prompt !

Je nais dans un lieu
Où meurt la tempête ;
J’entends sur ma tête
L’oiseau du bon Dieu.

Je vois ma peinture
Dans le ruisseau clair,
Et pour nourriture,
Je moissonne l’air !

J’assiste trois fois
Aux nuits de la terre,
À l’ardent mystère
De ses mille voix ;
Qu’apprendrais-je encore ?
Trop savoir fait peur :
J’éprouve et j’ignore,

Je sais le bonheur !

– 1866 : A Sigh (Un Soupir), Poetry by J. E. Wall (London, Musical Bouquet Office [3466]) :

Love, that man’s breast doth fire Lasts not on Earth;
Fancies we oft desire,
Fade before worth. All the heart does inspire, Beauty that we require
Joys that fond souls admire, Die soon as mirth.

Stars that begem the night, Transciently shine;
Seek ye truth’s constant light, Ever divine.
In the just strength of right, Ere youth has wing’d its flight,
While manhood’s sun beams bright, Never repine.

Reckless, Time all destroys, Heed his career.
Pleasure that quickly cloys, Banish with fear.
Brooding care life annoys, Vice, ever peace alloys, Seek for eternal joys,

May they be near.

– 1868 : How soft is the evening, Reverie for Voice and Pianoforte adaptée sur la mélodie du Désir sur un poème de J. L. Ximenes traduit par E. Gerard Bres (London, Ollivier & C° [1902]) :

How soft is the ev’ning, how calm is the deep,
The winds now are hush’d, all around seems to sleep,
The moon shines so brightly each wave bears its mark,
But within my sad breast it is cheerless and dark,
The pow’r of thy beauty in all bears a part,
Then smile sweetly smile to sooth my lone heart.

– 1878: Le Désir | Valse chantée – Solo et Duo – Arrangée sur des motifs de Beethoven et Weber | Avec Paroles Françaises par Balthazar Lutgen (Paris, Jules Heinz [J. H. 834]) :

2e Voix, con anima

Pourquoi cruelle Repousser mon amour ?
Ah ! sois moins belle, Ou j’expire en ce jour.

Une ardente flamme Consume mon âme.
Par un seul baiser, Tu peux l’apaiser.
Pourquoi cruelle Repousser mon amour ?
Ah ! sois moins belle, Ou j’expire en ce jour.

J’expire, j’expire en ce jour ;
J’expire sans retour

Par ma tendresse Ne puis-je te fléchir ?
Plaisirs, richesse, Oh ! laisse-moi t’offrir.

Fêtes enivrantes,
Parures brillantes ;
Peux-tu refuser,
Un seul doux baiser.

Pourquoi cruelle
Repousser mon amour ?
Ah ! sois moins belle,
Ou j’expire en ce jour.

J’expire, j’expire en ce jour ;
J’expire sans retour

1re Voix, giocoso

Ce beau langage (bis)
Ne charme point mon cœur ;
Et votre hommage (bis)
Est pour moi trop flatteur…

Ah ! Ah ! il expire sans retour
Ah ! Ah ! sans retour.

Votre souffrance(bis)
Ne m’attendrira pas,
Je ris d’avance (bis)
De votre doux trépas.

Ah ! Ah ! il expire sans retour
Ah ! Ah ! sans retour.

–    1883 : chez le même éditeur et sous la même musique, hymne du matin anonyme sur un poème de John Hawkesworth de 1773, In sleep’s serene oblivion laid ; ainsi qu’une autre, écrite par John Keble en 1827, New every morning is the love (Boston, American Unitarian Association) : Morning. – Prayer for Protection.  “New every Morning.”

In sleep’s serene oblivion laid,
I safely passed the silent night:
Again I see the breaking shade,
I drink again the morning light.

New-born, I bless the waking hour;
Once more, with awe, rejoice to be;
soul resumers her power,
New perils past, new sins forgiven,
And springs, my guardian God, to thee.

Oh, guide me through the various maze
My doubtful feet are doomed to tread;
And spread thy shield’s protecting blaze
Where dangers press around my head!

A deeper shade shall soon impend,
A deeper sleep my eyes oppress;
Yet then thy strength shall still defend,
Thy goodness still delight to bless.

That deeper shade shall break away,
That deeper sleep shall leave my eyes:
Thy light shall give eternal day;
Thy love, the rapture of the skies.

New every morning is the love
Our wakening and uprising prove;
Thro’ sleep and darkness safely brought,
Restored to life and power and thought.

New mercies, each returning day,
Hover around us while we pray;
New perils past, new sins forgiven,
New thoughts of God, new hopes of heaven.

Old friends, old scenes, will lovelier be,
As more of heaven in each we see:
Some softening gleam of love and prayer
Shall dawn on every cross and care.

The trivial round, the common task,
Will furnish all we ought to ask, –
Room to deny ourselves, a road
To bring us daily nearer God.

Only, O Lord, in thy dear love
Fit us for perfect rest above;
And help us, this and every day,
To live more nearly as we pray.

– 1894 : un arrangeur anonyme lui fait supporter une hymne d’adoration écrite par Charles Wesley en 1741, Father, whose everlasting Love, et une autre sur le Psaume 63 paraphrasé par Isaac Watts en 1719, Great God, indulge my humble claim (Toronto, Methodist Book and Publishing House) : God’s love in the gift of his Son.  Psalm lXXIII.

Father, whose everlasting Love
Thy only Son for sinners gave,
Whose grace to all did freely move,
And sent him down the world to save:

Help us thy mercy to extol,
Immense, unfathomed, unconfined;
To praise the Lamb who died for all,
The general Saviour of mankind.

Thy undistinguishing regard

Was cast on Adam’s fallen race;
For all thou hast in Christ prepared
Sufficient, sovereign, saving grace.

The world he suffered to redeem;
For all he hath atonement made;
For those that will not come to him,
The ransom of his life was paid.

Arise, O God! maintain thy cause;
The fulness of the Gentiles call;
Lift up the standard of thy cross,
And all shall own thou diedst for all.

Great God, indulge my humble claim,
Be thou my hope, my joy, my rest;
The glories that compose thy name
Stand all engaged to make me blest.

Thou great and good, thou just and wise,
Thou art my Father and my God;
And I am thine, be sacred ties,
Thy son, thy servant, bought with blood.

With fainting heart, and lifted hands.

For thee I long, to thee I look,
As travellers in thirsty lands
Pant for the cooling water-brook.

Should I from thee, my God, remove,
Life could no lasting bliss afford:
My joy, the sense of pardoning love;
My guard, the presence of my Lord.

I’ll lift my hands, I’ll raise my voice,
While I have breath to pray or praise;
This work shall make my heart rejoice
And fill the circle of my days.

–   1897 : Le Désir de Beethoven, scène de valse. Pour le Supplément au n° 716 du 14 mars des Annales Politiques et Littéraires, le graveur Gadin réveille l’œuvre, sur une poésie de Louis- Crevel de Charlemagne [1806-1882]. L’auteur étant décédé, ces vers sont certainement anciens. D’ailleurs, les Annales Politiques et Littéraires les ont sur-titrés Pages oubliées. Une nouvelle fois, la mélodie, sous forme de Lied, retourne à Franz Schubert…

Ô Valse chérie,
Naguère ma vie,
Brillante et fleurie,
Te dut son bonheur !
Berçant ma tristesse,
Ta vive allégresse,
D’espoir et d’ivresse
Fit battre mon cœur.
Mes jours pleins de charmes
Libres d’alarmes,
Exempts de larmes,
Sur les pas du plaisir,
À mes yeux semblaient fuir,
Mais ce doux rêve, hélas, vient de finir,
Oui, vient de finir !

Un soir à la Danse,
Gaiment je m’élance,
Il vient, il s’avance
Et m’offre sa main.
J’hésite à le suivre,
Mais sa voix m’enivre ;
À son bras me livre
Un fatal destin.

Il dit qu’il m’adore,
Sa bouche implore
Tout bas encore,
De la mienne un aveu…
De m’aimer il fait vœu ;
Mais du perfide, hélas, c’était l’adieu
Oui, c’était l’adieu !

Amour, vain délire,
Funeste martyre,
Cessez de séduire
Mes sens éperdus.
Et toi, mélodie,
Fatale à ma vie,
Dans ma rêverie
Ne me poursuis plus !
Que dis-je ? à toute heure,
Pour que je meure,
Sans cesse effleure
Mon oreille ici-bas,
En courant au trépas
C’est voler pour jamais
Oui, pour jamais, pour jamais dans ses bras !

–   1908 : John Henry Spielman transforme la valse en hymne, sur un poème écrit par Joseph Grigg en 1765 : Christ at the Door.

Behold a Stranger at the door!
He gently knocks – has knock’d before;
Has waited long – is waiting still:
You treat no other friend so ill.

O lovely attitude, He stands
With melting heart and loaden hands!
O matchless kindness! and He shows
This matchless kindness to His foes!

But will He prove a friend indeed?
He will; the very friend you need;
The Friend of sinners – yes, ‘tis He,
With garments dyed on Calvary.

Admit Him, lest His anger burn,
And He, departing, ne’er return;
Admit Him, or the hour’s at hand
You’ll at His door rejected stand.

Amen

–   1925 : la Sehnsuchtswalzer [Anhang 14 n° 1] de Beethoven et la Trauer Walzer [Op. 9 n° 2 / D 365] de Schubert ne font plus qu’une seule pièce pour les musicologues. Et déjà « Le Livre auxiliaire du Maître pour l’Enseignement de la Musique » propose aux élèves du Cours Moyen une chansonnette de Mlle M. L. Renaudet sur cette valse lente de  Schubert,  mais  en  fa majeur : Le Rossignol (Paris, Fernand Nathan [3265]) :

Voici la nuit qui s’avance :
Au sein du silence,
Ah ! quelle cadence
Frémit soudain.
Ô Rossignol, tu commences
Ta douce romance,
Et tout fait silence,
Oiseau divin !

Dans la Nature pensive
La brise furtive S’apaise, craintive
Devant ta voix !
L’enchantement recommence
Avec ta romance,
Et tout fait silence
Au fond des bois !

1958: Toi, le Printemps, chanson de Marcel Eugène Ageron dit Jacques Larue sur l’œuvre de Schubert (Paris, Nouvelles Éditions Méridian [EF 19634]) :

Le tendre avril, qui commence
Dans une romance,
M’a fait confidence
Que l’amour m’attend.
Il a fleuri son corsage De roses sauvages,
Paré son visage D’un rire éclatant ;

Et dans le vent qui m’effleure,
Plus frêle que l’heure,
Devant ma demeure,
Déjà, je l’attends.

Comme il a su le décrire,
Devant son sourire,
Je ne peux que dire :
« C’est toi, le printemps ! »

S’il faut que demain tout l’hiver recommence,
Tant pis, ce soir, dans mon cœur, puisqu’il fait beau temps,
Et de grands yeux où mon rêve danse
Me font penser qu’il est là pour longtemps.

Le tendre avril, qui commence
Dans une romance,
M’a fait confidence
Que l’amour m’attend.

Comme il a su le décrire,
Devant son sourire,
Je ne peux que dire :
« C’est toi, le printemps ! »