Michel Rouch: Ludwig van Beethoven l’ ancien (partie 1)

1500 – 1712 JOHANN I VAN BEETHOVEN MARKUS I & ANNA
ARNOLD & JOSYNE HEINRICH & CATHLYNE MARKUS II & SARA CORNELIUS I & CATHARINA MICHAEL & MARIA LOUISE LUDWIG I VAN BEETHOVEN LUDWIG II VAN BEETHOVEN

Heinrich  van  Beethoven,  grand-oncle  du  grand-père  de  Beethoven,  Ludwig  II « l’Ancien », paraît être le premier musicien de la famille. Comme eux, tous leurs ancêtres sont flamands, des provinces du Limbourg, du Brabant, de Liège, — et artistes d’autre façon : tailleur de pierre, artisan peintre, boulanger, commerçant, paysans surtout…

Car le nom de Beethoven, en effet, ne signifie pas autre chose que : « Jardins (ou Fermes) de betteraves » , peut-être un lieu-dit, à l’origine ; ainsi y avait-il un Bettenhoven (Bettincourt en français), petit village à l’ouest de Liège. À le prononcer, un puriste mettra ainsi l’accent tonique sur la première syllabe plutôt que sur la deuxième (à l’allemande) ou la troisième (à la française). Le mot lui-même, sous sa forme primitive van Betho, apparaît pour la première fois en 1228 dans un document où sont mentionnés, à Limburg, les frères Willem et Walther van Betho ; — van n’étant pas, en Flandre, une particule nobiliaire mais un signe de provenance, il précise donc un lieu. Près de Tongeren (Tongres), un château s’est orthographié Betue en 1267, Betouwe en 1412, Betowe en 1524, Bethowe en 1565, Bethove en 1582, puis Bethoven, ce qui nous vaut une transformation généalogique curieuse mais inévitable en 1603 : « Mr. Jan Smeets Betgomensis, scoelmeester » (« M. Jean Smets, de Bethoven, maître d’école ») se fera tantôt nommer Jan Sme[e]ts, tantôt Jan van Bethoven !

On distingue quatre lignées apparemment indépendantes :

¤  les Beethoven de Campenhout (seconde moitié du XVe siècle) : ceux qui nous intéressent ;

¤  les Beethoven de Leefdael (début du XVIIe) ;

¤  les Beethoven de Rotselaer (début du XVIIe) ;

¤  les Beethoven d’Antwerpen (Anvers, seconde moitié du XVIIe) : auxquels s’ajoutent quelques trublions inclassables dès le XIIIe.

En deux siècles, ceux de Campenhout sont passés de la campagne à la ville, de petits villages comme Neder Ockerzeel, Boortmeerbeek, Haecht, Putte, Berthem, Heist, Wouw, à de grandes cités — Mecheln (Malines), en particulier.

MALINES : Église Sainte-Catherine

C’est là, à Malines, en l’église Sainte-Catherine, qu’est baptisé, le 5 janvier 1712, ce Ludwig II van Beethoven, dit « l’Ancien », troisième fils de Michael van Beethoven, maître boulanger, et de Maria Louise Stuyckers, fille d’un autre maître boulanger de la ville.

À cette époque de mortalité infantile importante, on baptise vite : sans doute est-il né la veille ou le jour-même ; il porte d’ailleurs le prénom de Ludwig en souvenir d’un frère que ses parents ont perdu deux ans plus tôt.

En ligne directe d’une huitaine de générations, Ludwig « l’Ancien » descend de Arnold van Beethoven dont la femme, Josyne van Vlesselaer, fut brûlée vive sur la Grand-Place de Bruxelles, en septembre 1595, pour sorcellerie. De fait, d’après l’étude « Les Beethoven en Brabant » de J. Nauwelaers, en 1939, il semble fort que la jalousie villageoise la fit passer pour sorcière, le couple ayant quelques terres arables qui intéressaient le mayeur Spoelberg, assistant de l’échevin ; après plusieurs semaines de cachot et de tortures à la prison de Treurenberg à Bruxelles, la malheureuse, épuisée, avoua, entraînant dans sa chute une de ses voisines ; condamnée seule au bûcher, elle tenta de se suicider mais n’y parvint pas. Son époux devenu veuf convertit les biens de Josyne en cens annuel au profit des Domaines, ce qui lui évita de voir ses terres confisquées et cinquante pour cent de leur vente échoir dans la bourse du mayeur ! — Plus avant, Ludwig « l’Ancien » descend de Markus I van Beethoven, né vers 1500/1510, époux de Anna Smets ; — et, plus avant encore, de Johann I van Beethoven,

vivant à Campenhout dans la seconde moitié du XVe siècle…

Arnold, quoique paralysé de sa main gauche et âgé de soixante-cinq ans, se remaria le février 1600 avec une fille de Haecht, Pyerine Geerts. De Josyne, il avait eu quatre enfants ;

de Pyerine, il en eut un autre, soit :

  • Markus, constituant la souche de Neder Ockerzeel, village où il mourut (elle s’éteignit au début des années 1700) ;
  • Anna, dont les quatre enfants n’eurent pas de descendance ;
  • Heinrich, décédé vers 1652, constituant la souche de Boortmeerbeek (celle qui nous intéresse et ne s’éteindra qu’en 1917) ;
  • Lambert, constituant la souche de Haecht, village où il mourut (elle s’éteindra en 1920/1922) ; il est le grand-père de l’organiste Heinrich van Beethoven et l’arrière- arrière-grand-oncle du cantor Ludwig II van Beethoven « l’Ancien » ;
  • Johann, né en 1601 de Pyerine ; il mourut jeune.

Après la mort d’Arnold en décembre 1609, Pyerine se remaria avec Anton van de Kerckhove, de Campenhout. Heinrich van Beethoven, son beau-fils, vécut longtemps à Haecht, épousa Cathlyne van Boevebeecke et eut d’elle quatre enfants : Arnold en 1595, Rombout en 1596, Heinrich en 1599 et Markus II vers 1601. Markus II alias Bartholomei naquit à Boortmeerbeek où sa famille venait de s’installer, au tournant du siècle. Lui-même déménagea plusieurs fois, après la naissance de Rombout, le premier enfant qu’il eut de sa femme, Sara Haesaerts, vers 1632 ; à Leuven (Louvain) naquirent les deux suivants : Leonhard en 1635 et Maria en 1637 qu’on retrouvera à  Malines ;  le  quatrième,  Cornelius  (Corneille)  I  « le  Vieux »,  grand-père  de  Ludwig « l’Ancien », vit le jour à Berthem, près de Louvain, le 20 octobre 1641 :

Acte de baptême, paroisse de Berthem :

1641, 20 Octobris. Cornelius van Beethoven baptisatus. Filius Bartholomei et Saræ Haesaerts. Susceptores Cornelius Timmermans et Maria” [van Beethoven ?] une tante, peut-être ;

la cinquième, Anna, naquit en 1644 à Neder Ockerzeel, où sa mère était née et où son père s’éteignit, vers 1672. Notons  pour  mémoire  deux  autres  van  Beethoven,  de  souche  inconnue,  simples homonymes peut-être ; ils vivent ou ont vécu à Malines :

  • Adriana van Beethoven, qui épousa Peter Langenus en l’église Notre-Dame le 27 juillet 1645 ; leurs deux enfants, Cornelius et Clara, ne semblent pas avoir vécu ;
  • Johann van Beethoven, qui épousa Elisabeth Lambrechts en l’église Sainte-Catherine le 1  mars 1688 ; leurs deux fils, Johann Anton et Wilhelm, ne semblent non plus avoir vécu.

À la naissance de Ludwig van Beethoven « l’Ancien », la toute proche famille vit à Malines. Le grand-père, Cornelius « le Vieux », soixante-dix ans, habite avec sa femme Katharina, née van Leempoel, soixante-neuf ans, la rue des Pierres, la Steenstraete, une des rares où presque toutes les maisons sont en pierre, — à moins qu’elle ne veuille rappeler par son nom la présence, non loin de là, d’une ancienne prison (<steen> en flamand) ; c’est une rue marchande très vivante. On ne sait depuis quand Cornelius « le Vieux » a quitté Neder Ockerzeel, dernier domicile de ses parents, pour s’installer à Malines : peut-être depuis son mariage, près de quarante ans plus tôt, en l’église Saint-Rombaut, le 12 février 1673 ; ou après la mort de son père en 1672, quoiqu’il apparaisse dès le 30 août 1671 dans le registre d’état civil de la ville comme témoin quand sa sœur aînée Maria épousa, en la même église, Peter Willems, maintenant décédé.

Maria, veuve, a quitté la ville et s’est remariée à Wespelaar en 1695 avec Peter Puttaerts, sans descendance ; mais de son premier mariage, elle avait eu un fils, Heinrich, qui s’est marié en l’église Notre-Dame de Malines en 1706 et vient d’y baptiser ses trois garçons : Peter, Heinrich et Jacob. Ils n’atteindront pas l’âge adulte. Leur père, très brave homme, est encore vivant à Malines ; nous le retrouverons bientôt.

Comme Rombout (Rombaut), le frère aîné de Maria, se maria avec Petronella Artoes, mais n’eut qu’un fils qui mourut à quinze mois ; que le cadet, Leonhard, resta célibataire ; et que la benjamine, Anna, quoique mariée avec Wilhelm Boschmans, n’eut pas d’enfant : voilà trois branches éteintes sur quatre. Ne restent au vieux Cornelius que la famille de sa femme et ses propres enfants, trois garçons, tous baptisés en l’église Notre-Dame :

  • Johann Baptist, le 14 août 1677 (on ignore tout de lui) ;
  • Cornelius, le 5 mars 1680 (on le croit installé à Anvers où son fils serait mort le 6 septembre 1734, oublié),
  • Michael, enfin, le 15 février 1684, par qui les van Beethoven deviendront musiciens comme l’oncle Heinrich.

Cornelius van Beethoven « le Vieux », maître charpentier de son état, gagna bien sa vie, lui, s’il ne fit fortune. Il put acheter avec sa femme, en co-propriété, une moitié de maison à l’enseigne de « la Charrue » (« De Ploege »), le 4 novembre 1676 — tout en continuant d’habiter celle du « Petit Moulin à Vent » (« Het Windmoleken ») de la rue des Pierres qu’il acquit à crédit, avec une maison voisine, le 20 mars 1699 :

Acte scabinal : (scabinal : de « scabin » = échevin, autrefois).  “Steenstraete sijde vanden Coremerct / Wintmeuleken / …… / Op den 20 mert 1699 is Cornelius van Beethouen met Catharina Leempoel in dit huijs ende het naeruolgende gegoeijt.”

C’est là que Michael van Beethoven passa toute son enfance, entre les commerçants du Marché-aux-Grains, la chapelle Sainte-Anne et le Quai-aux-Avoines où accostaient les bateaux descendant la Dyle. Quand il eut seize ans, son père le plaça comme apprenti, le 29 octobre 1700, chez le boulanger Pierre van Coolom :

Registre de la Corporation des Boulangers :

“Jaer 1700, den 29 Octobris, Petrus van Coolom heeft aanveert eenen leerknecht : Michael van Beethoven.”

Trois mois plus tôt, le 21 juillet, probablement afin de payer son apprentissage — deux ans d’essai, deux ans de pratique — la maison « De Ploege » fut revendue. Michael ne fut pas particulièrement doué au fournil. Sept ans après, au lieu de quatre, il obtenait son diplôme :

Acte de baptême : Ludwig II VAN BEETHOVEN, « l’Ancien »

Registre de la Corporation des Boulangers :

“1707. Den 5 october, is meester gheworden Michiel van Beethoven. gedragen – geheedt.”

Quelques jours plus tard, le 18 octobre 1707, il épousait Maria Louise Stuyckers, fille aînée d’un confrère maître boulanger :

Acte de mariage, paroisse cathédrale Saint- Rombaut :

“Eodem die (18 Octobris 1707) Michael van Beethoven et Maria Ludovica Stuyckers mediante dispensatione in uno banno et juramento conjuncti.

Coram. [Témoins :] Joannes Baptista Verhulst et Carolo van Vlierberghen.”

Elle avait vingt-deux ans, lui vingt-trois. Installés dans une grande maison, à l’enseigne du « Bœuf tacheté » (« De Bonten Os »), avec jardin et dépendance, sur la paroisse de Saint- Rombaut, ils eurent leurs deux premiers enfants, deux garçons :

  • Cornelius (comme son parrain, le grand-père paternel), baptisé le 25 septembre 1708 ;
  • Ludwig I (comme son parrain, le grand-père maternel), baptisé le 23 juin 1710, décédé à trois mois le 22 septembre : Il est le premier, de tous les van Beethoven connus depuis 1228, à porter cet illustre prénom.

En 1711, Michael a laissé à ses beaux-parents, Ludwig et Magdalena Stuyckers, la maison « De Bonten Os » et le jeune couple a déménagé rue du Poivre, sur la paroisse Sainte- Catherine. C’est dans cette rue plus calme, près du couvent de Béthanie, qu’est donc né le troisième garçon, Ludwig II, « l’Ancien », qui vient d’être baptisé :

Acte de baptême du 5 janvier 1712, paroisse Sainte-Catherine :

“Eodem die Ludovicus filius Michælis van Beethoven et Mariæ Ludovicæ Stuyckers Susc: Ludovicus Stuyckers [parrain, le grand-père maternel] Anthonia Schrevens nominæ Elisabeth van Leempoel” [marraine (comme elle l’avait été de son père), la grand-tante paternelle Élisabeth ; âgée, une parente, ou amie, ou voisine, la remplace.]

Bibliographie – 1

CLOSSON E. : L’élément flamand dans Beethoven (Éditions universitaires, Bruxelles, 1946) MASSIN J. & B. : Ludwig van Beethoven (Fayard, Paris, 1967)

PROD’HOMME J.-G. : La jeunesse de Beethoven (Delagrave, Paris, 1927) SCHIEDERMAIR L. : Der junge Beethoven (Quelle & Meyer, Leipzig, 1925)

SCHMIDT-GÖRG J. : Beethoven, die Geschichte seiner Familie (Beethovenhaus, Bonn, 1964) SOLOMON M. : Beethoven (J.-C. Lattès, Paris, 1985)

THAYER A. W. / DEITERS H. / RIEMANN H. : Ludwig van Beethovens Leben (Breitkopf & Härtel, Wiesbaden, 1970) THAYER A. W. / KREHBIEL H. E. / FORBES E. : Thayer’s Life of Beethoven (Princeton University Press, 1967)

VAN AERDE R. : Les ancêtres flamands de Beethoven (W. Godenne, Malines, 1928)

VAN AERDE R. : À la recherche des ascendants de Beethoven (Revue belge d’Archéologie n° IX-2, Antwerpen 1939)

Lignée de la fameille BEETHOVEN

Lignée BEETHOVEN de CAMPENHOUT – Souche de NEDER OCKERZEEL – Souche de BOORTMEERBEEK – Souche de HAECHT

Lignée BEETHOVEN de CAMPENHOUT

Souche de NEDER OCKERZEEL

Souche de BOORTMEERBEEK

Souche de HAECHT

I testi e i documenti di questa pagina sono curati da Michel Rouch. Chi volesse consultare o richiedere dette risorse, può contattare l’ autore tramite il nostro modulo di contatto.

I testi e i documenti di questa pagina sono stati controllati dai  i nostri  revisori. Chi volesse  contattare il revisore, lo può fare tramite il nostro modulo di contatto.