Walzer moderato. 9. c-moll für 4 Hörner

(Regensburg – Grimm Quartetten)

Cette Valse en mineur fut signalée par Kurt Dorfmüller en 1978, en fin de son recueil : Beiträge zur Beethoven-Bibliographie. On ne savait rien d’elle sinon qu’elle portait : « N° 9 », et qu’elle était insérée dans un recueil de circa 1810, aujourd’hui à Regensburg (Ratisbonne), contenant des Quatuors pour Cors de chasse composés et arrangés par les frères Grimm – qui ne s’intéressaient pas qu’à la littérature (Regensburg, Fürstlich Thurm & Taxissche [Rtt/Grimm 1])…

 Contenu du cahier manuscrit titré :

Quartetten | für | vier Waldhorn, mit Posthorn-Solo |
componirt und arangirt | von | Gebrüder Grimm.

 Ordre des copies : Cornu primo en Fa (p. 2 à 9) / Cornu secundo en Fa (p. 10 à 17) / Cornu tertio en Fa avec Posthorn in As et Posthorn in B (p. 18 à 25) / Cornu Basſo en Fa (p. 26 à 33).

  1. Grave et Majestoso. (mi bémol majeur en C) [p. 2, 10, 18, 26]
  2. Allegretto. (fa majeur en C) [p. 2, 10, 18, 26]
  3. Andante. (ut mineur en C) avec Allegretto (en 6/8) [pp. 3/4, 11/12, 19/20, 27/28]
  4. Walzer. (mi bémol majeur à 3/8) avec Posthorn in As en 3e Cor [p. 4, 12, 20, 28]
  5. Adagio. (la bémol majeur en C) [p. 5, 13, 21, 29]
  6. Walzer. (mi bémol majeur à ¾) avec Posthorn in As en 3e Cor des Trios 1. 2. et 3. [pp. 5/6, 13/14, 21/22, 29/30]
  7. Marche. (ut majeur en C) avec Posthorn in B en 3e Cor du Trio (fa majeur en C) [p. 7, 15, 23, 31]
  8. Adagio. (la bémol majeur à ¾) + Cadence et Allegro (fa majeur à ¾) [pp. 7/8, 15/16, 23/24, 31/32]
  9. Walzer moderato. Comp : par L. v. Beethoven (ut mineur à ¾) [p. 9, 17, 25, 33]

« Comp[osée] par L[ouis] v[an] Beethoven » y lit-on en français.. Kurt Dorfmüller la supposait seulement en ut mineur, faute d’avoir pu la voir lui-même, je suppose. Copiée vers 1810, c’est la seule pièce du cahier à être attribuée à quelqu’un. Est-elle vraiment de Beethoven ? À l’écoute, c’est peu probable, mais, après tout, pourquoi pas ! Peut-être est-elle à rapprocher de tant d’autres œuvres portant son nom en Tchéquie, aux États-Unis et ailleurs. Aucune autre date, aucune esquisse, aucun autre exemplaire : il est impossible de se prononcer sur son authenticité.

Je décèle cependant une légère correspondance avec une ébauche de Streichquartett en ut majeur écrite par Beethoven en avril 1809. Le 9 de ce mois, l’Autriche a déclaré la guerre à la France. Beethoven arrête les travaux de son Concerto n° 5 en mi bémol et commence le Wehrmannslied de Heinrich Joseph von Collin, un chant patriotique, « Wenn es nur will, ist immer Österreich über Alles ! » [Biamonti 477 – UNV. 18] qu’il laisse inachevé au profit de ce Quartett, qu’il ne fera qu’esquisser [SV 59 S. 36] :

À la mi-avril, aidé par le baron Ignaz von Gleichenstein revenu de Fribourg, Beethoven, qui logeait depuis peu au-dessus d’une maison close, cherche un autre appartement et choisit sans réfléchir le 3e étage d’une maison appartenant à un avocat et située sur les remparts. C’est compter sans la guerre. Dès le 19, Napoléon chasse les Autrichiens de la Bavière ; le 22, il défait l’archiduc Charles à Eckmühl ; le 23, Ratisbonne tombe, l’armée autrichienne est rejetée sur le Danube ; les Français marchent sur Vienne. Beethoven s’exalte. Une fois de plus, il suspend les esquisses de son Concerto pour composer un morceau de circonstance, bâti « comme un chant », sur une sonnerie de cor, en trois parties : « Chant de triomphe pour le combat – Attaque – Victoire » [Biamonti 478]

Hélas. Le 4 mai, la famille impériale et la majeure partie de la noblesse abandonnent Vienne à son sort. L’archiduc Maximilien organise la défense de la capitale avec ses 16 000 hommes, la milice bourgeoise et les bataillons d’un millier d’étudiants et d’artistes ; en pure perte. Le 10, Napoléon s’installe une nouvelle fois à Schönbrunn ; le 12, encerclée, Vienne capitule ; le lendemain 120 000 Français envahissent la ville et vont détruire les remparts. Le 26, le vieux Joseph Haydn, malgré son extrême faiblesse, se lève, s’assied au clavecin et, la voix brisée par l’âge et l’émotion, se chante son Kaiserlied : « Que Dieu sauve l’empereur François ».

Il meurt le 31. Quelques jours plus tard, muni d’une lettre d’introduction d’Antonin Reicha (Cherubini a refusé), Louis-Philippe Girod de Vienney, auditeur au Conseil d’État à Paris, en mission auprès de Napoléon en campagne, cherche Beethoven et le trouve sans domestique, dans son petit deux-pièces, au milieu d’un inénarrable désordre. On l’appelle déjà « baron » mais il ne sera officiellement baron de Trémont qu’en décembre 1810… Entre flaque d’eau et poussière, en mauvais allemand, mauvais français et à voix forte, les deux hommes parviennent à se comprendre, deviennent amis, se voient souvent, parlent musique et littérature – Shakespeare surtout –, philosophie, religion, politique. « Lorsqu’il était bien disposé le jour fixé pour son improvisation, il était sublime – écrit le baron. C’était de l’inspiration, de l’entraînement, de beaux chants et une harmonie franche parce que, dominé par le sentiment musical, il ne songeait pas, comme la plume à la main, à chercher des effets ; ils se produisaient d’eux-mêmes sans divagation. » Beethoven improvise de nombreuses fois devant lui, jusqu’en juillet, où le baron va repartir momentanément.

La bataille de Wagram est proche… L’automne venu, l’Autriche définitivement vaincue verra peu à peu le retour de sa noblesse exilée. Girod de Vienney aussi est revenu assister au traité de Schönbrunn ; Beethoven joue à nouveau pour lui, quand il le peut. Ainsi, en début d’octobre, doit-il reporter un rendez-vous, en français : « Côme il me falloit aujourd’hui aller au prince Lobkovitz, je vous prie bien, monsieur, de me réjouir l’après-demain matin à onze heur de votre présence bien cher a moi – une affaire bien important me force, de ne pouvoir tenir ma parole, » etc. (Ruiné par la « Paix de Vienne », le prince devra quitter la ville.) Une fois le traité signé, le 14 octobre, Napoléon nomme Girod de Vienney intendant de Croatie, à Agram (Zagreb) : le baron s’exécute dans la précipitation ; il ne reverra plus Beethoven…

Cette Walzer moderato émane-t-elle des improvisations du Maître ? A-t-elle une autre source, un autre auteur ? Mystère, mais la voici ! De fait, elle est aussi pour 4 Cors de chasse en Fa ! La copie comporte quelques oublis (altérations, liaisons, silence, …) facilement réparables en consultant les autres parties du morceau.

Michel ROUCH

Les Embruscalles

(12 janvier 2018)